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Le 21 avril dernier, nous a quittés, à l’instar du colossal David Bowie, un autre artiste de génie, un monument, une icône planétaire à la discographie impériale, un minuscule extraterrestre qu’on surnommait tantôt le Nain Pourpre, tantôt His Purple Majesty ou encore His Royal Badness : Prince Rogers Nelson, l’inimitable, l’incroyable. Dont les titres intemporels : Let’s Go Crazy, Kiss, Purple Rain, Cream, Gett off et tant d’autres ont raisonné dans nos oreilles pendant des décennies. Une bête de scène de petite taille certes, mais dont les looks extraordinaires, lunaires et phénoménaux, presqu’irréels parfois, nous auront fascinés. Un être comme hors du temps, presque même hors de ce monde, sexy en diable et d’une classe folle, dont le talent terrassait tout sur son passage, à l’image de son éternel et médiatique rival Michael Jackson. Une créature irremplaçable, hallucinante, un elfe débarqué sur Terre pour cinquante-sept années d’enchantement et délire visuels aussi psychédéliques que fascinants et qui s’en est allé prématurément, laissant derrière lui un royaume musical des plus vastes, des plus passionnants, des plus éclectiques, et qui aura ponctué – et qui continuera assurément de le faire  - le quotidien de millions d’individus, comme ce fut mon cas.

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 Prince sur scène, et les pochettes de Hitnrun Phase One, ainsi que Hitnrun Phase Two.

À l’annonce subite de sa mort, les souvenirs de trajets dans le métro ou encore dans le train à écouter un nombre incommensurable de fois des Nothing Compares 2 U, des Planet Earth, Glam Slam et autres sérénades sensuelles et sucrées me parcourent l’esprit, ému, comme sonné d’apprendre la nouvelle aussi soudainement. Le Nain Pourpre, qui comme tant d’autres artistes ressassés dans mon paysage musical personnel, n’est plus. Le Nain Pourpre, dont j’avais acheté curieusement le Hitnrun Phase One, est parti. Puis progressivement, le monde vire alors au pourpre, sur les réseaux sociaux les hommages pleuvent, le visage de Prince est brandi partout comme le symbole christique d’une divinité sonore inégalable et adulée, et dans cet agglomérat de violet : les quinquas, les quadras, les curieux, et même les plus jeunes célèbrent la mémoire du Kid de Minneapolis. Un prodige qui nous aura fait frissonner aux sons de ses cordes aussi envolées que déchaînées, de ses mélismes transpirant parfois l’érotisme, nous aura fait danser - «Let’s Go Crazy !» -, nous aura fait pleurer sur ses aigus miaulés à l’aube du final de Purple Rain, nous aura fait fantasmer – qu’on l’assume une bonne fois pour toutes – que ce soit sur son corps nu arboré sur le cover de son Lovesexy ou ses fesses michelangelesques exhibées sur MTV, en 1991. En somme, nous avons tous un souvenir de Prince : à la radio les mains sur le volant, peut-être en boîte de nuit, à la télévision avec les images d’un Prince en rut dans Kiss, lors de conversations rétros « post-années 80 », et j’en passe et des meilleures… Prince Rogers Nelson, a marqué de son sceau pourpre le paysage musical, le paysage de la mode, le paysage cinématographique – et Purple Rain, le film, dans tout ça ? -, et au sens large, incontestablement : le paysage culturel dans toute sa diversité, en imprégnant des millions de tympans de sa discographie empirique qui s’étend sur plus de trente opus, et dont le dernier né, Hitnrun Phase Two, vient de s’offrir une sortie physique mondiale, tout fraîchement, le 6 mai dernier. Opus d’abord paru sur Tidal en décembre 2015, puis dans la foulée sur iTunes - «break the Internet» -, et faisant suite à un premier album éponyme : Hitnrun Phase One, un « pré-opus » expérimental et électrique, très éclectique, ainsi qu’un brin psychédélique. Sa seconde partie - phase two -, se manifeste davantage comme un retour aux sources, au Prince d’antan, que comme une suite réelle aux expériences tentées sur la première phase. À la mémoire de l’immense Prince Rogers Nelson, partons à la découverte de son dernier opus, son ultime bijou : «Let’s Go Crazy !», une dernière fois ! (et avec His Purple Majesty en images, please : quelques souvenirs au rendez-vous)

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 Prince aux Grammy Awards, en 2004.

Ce tout dernier album d’une discographie anthologique, deuxième acte du projet Hitnrun, s’ouvre sur l’hymne solaire et conviviale Baltimore, aux cordes chaleureuses et tendres, tantôt portée par des chœurs féminins suaves, nous faisant d’emblée plonger dans l’ambiance chaude et estivale du disque. Un titre doux et printanier, succédé par le RocknRoll Love Affair, sur lequel on retrouve les traits sensuels présents sur le précédent titre et caractéristiques du Nain Pourpre, dans une ambiance dansante, mais aussi nocturne et torride. Fait ensuite son entrée, le très funky et groovy 2 Y. 2 D., aux beats agités, un tantinet fous, qui feront inévitablement danser – même les plus statiques -, pour laisser place au plus torride et crépusculaire Look at Me, Look at U, à l’ambiance sensuelle, très suave, un brin intimiste, et aux sonorités onctueuses.

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 Prince présente, puis remet un prix à Halle Berry, à la 42ème cérémonie des NAACP Image Awards, à Los Angeles, en 2011.

En cinquième piste, la bombe funky Stare, aux cordes effrénées et déchaînées entre alors en scène, pépite où Prince s’auto-sample d’ailleurs lui-même, en utilisant quelques secondes de son titre mythique Kiss, instantanément reconnaissables, comme réplique à un : «Can I get a kiss ?», suffisant à faire briller un peu plus un titre endiablé et délicieux, laissant place au Xtraloveable de His Royal Badness. Xtraloveable, autre piste enjouée, aussi disco qu’une « anthem » signée Earth, Wind and Fire, aux phrasés entêtants et fougueux, au message sexy : «Whenever you need to someone to take a shower with», se concluant sur une série de beats ardents et envolés, laissant fondre nos tympans avant de nous faire chavirer par le Groovy Potential.

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 Prince assure le show de la mi-temps du Super Bowl, en février 2007.

Groovy Potential, c’est le nom de la septième piste de cet opus, un titre s’inscrivant d’ailleurs, certainement, parmi les pépites délivrées par ce dernier. Un morceau intense et lyrique, un brin jazzy sur ses débuts, à l’atmosphère lunaire et nocturne, où brille de nouveau un Prince sensuel, dans des sonorités d’abord minimalistes, qui se déploieront progressivement au fur et à mesure du titre. En somme, l’ode brûlante et cuivrée d’un lover invétéré. When She Comes arrive ensuite à nos oreilles, nous faisant recroiser le chemin du Prince amoureux, dans une ambiance tamisée, où brillent les mélismes onctueux et bouillants du chanteur, sur une instrumentale qui rencontre tantôt des cuivres jazzy nous livrant une déclaration d’amour fiévreuse. Une atmosphère qui contraste avec celle de la piste suivante Screwdriver, plus rock, plus carabinée, digne de la bande originale d’un road-movie, et qui à son écoute, nous laisserait presqu’imaginer Susan Sarandon et Geena Davis au volant de leur cabriolet dans Thelma et Louise, nous faisant également renouer avec les rugissements phénoménaux de Prince, et ses solos de guitare inimitables.

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 Prince en France : à gauche, assistant à la Fashion Week de Paris en 2009, à droite, sur scène au Stade de France à Saint-Denis, en 2011.

Les ondes de l’entêtant Black Muse font ensuite leur apparition, accompagnées des voix chaudes de chœurs féminins, de beats effrénés et cuivrés à souhait et portées notamment par des paroles entêtantes et chaleureuses. Livrant ainsi un hymne rétro as fuck, et dont les sonorités remémorent parfois la ferveur des années 90, et ce par exemple sur certaines séquences dont les beats peuvent rappeler le Gettin' Jiggy Wit It de Will Smith, Black Muse est une ode graduée et narrative, qui passe du solaire au gospel, des ambiances urbaines au funky, ou encore et également par l’estival. Ce que le sobre et sensuel Revelation assagira, dégageant une ambiance estompée, d’abord par ses notes soufflées et tamisées, brillant au cœur d’un morceau qui aura parfaitement sa place au beau milieu d’un thriller, façon années 90, à la Basic Instinct : en écoutant Revelation, on verrait presque Prince flirter avec Sharon Stone.

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 Sur scène avec Mary J. Blige, aux iHeartRadio Music Festival, en 2012.

Et pour conclure cette énième immersion dans la tête de Prince Rogers Nelson, Big City s’adonne à livrer un condensé des bijoux offerts par cet ultime opus, avec un concentré de funk, de groove, des chœurs féminins échauffés, des notes dansantes, du disco, des beats extraordinaires procurés à la fois par des claviers, mais aussi des cuivres par exemple, le tout ponctuant une dernière danse lumineuse, conviviale et rythmée par des paroles entêtantes, concluant de manière exaltante cet ultime album.

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 Prince et Eva Longoria assistent à un match de basket, en février 2007. 

Tout dernier voyage sur la planète pourpre, scandé par le retour d’un Prince lover, amoureux, funky et endiablé, ainsi qu’un brin déjanté, ce Hitnrun Phase Two, ultime disque du maître, renforcera chez nous le souvenir d’un petit génie de la sphère musicale parti trop tôt, l’album s’inscrivant à merveille parmi le reste de son œuvre anthologique. Un opus qui saura parfaitement ponctuer les jours ensoleillés du printemps et de l’été à venir, et qui fera se poursuivre indubitablement les éloges suscitées par la musique du Nain Pourpre, qui à l’heure actuelle est probablement entrain d’interpréter quelques titres de son Hitnrun Phase Two aux côtés de David Bowie, Michael Jackson, Whitney Houston et bien d’autres, là-haut…

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 Le chanteur à la 57ème cérémonie des Grammy Awards en 2015. 

 «May you rest in peace, Prince Rogers Nelson»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lewis