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« Je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas (…) je pense que ça n’est qu’une chanson. » ! Voici l’amusante réponse qu’a apporté Britney Spears à James Corden, jeudi soir, à la diffusion de son passage dans le Carpool Karaoke – segment phare du talk-show de l’animateur britannique que les célébrités s’arrachent, d’Elton John à Michelle Obama en passant par Justin Bieber – lorsque ce dernier l’interrogeait sur le propos de son tube Oops!... I Did It Again, paru en 2000. Visiblement d’abord gênée, ainsi qu’un brin nerveuse, l’interprète de …Baby One More Time a timidement fredonné quelques uns de ses tubes aux côtés de l’animateur désopilant, au programme : Womanizer, son récent single Make Me… ou encore l’indémodable Toxic ; de quoi, en somme, entendre Brit-Brit chanter en direct, un luxe devenu rarissime quand on sait que ses prestations scéniques sont désormais, systématiquement en playback. Bref, sourire Colgate, chevelure blonde impeccable de poupée Barbie et mélismes nasillards par ci par là auront fait la recette du passage de Madame Spears dans l’émission montante de CBS ; poursuivant alors ingénieusement la promotion de son disque Glory - dans les bacs depuis vendredi -, déjà amorcée chez Jimmy Kimmel au début du mois, dans une séquence où l’on pouvait d’ailleurs voir la chanteuse réveiller langoureusement l’animateur, accompagnée de ses danseurs, le tout sur le rythme estival de Make Me…, premier extrait du dernier opus de la star.

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Britney Spears aux côtés de James Corden pour le Carpool Karaoke. 

Victime d’un leak, le dernier album de la chanteuse a heurté prématurément la toile avant sa sortie véritable ; un couac malheureusement prévisible puisque bon nombre des artistes de la scène musicale actuelle en sont désormais coutumiers. Cependant, que cet incident fasse pâlir ou non le succès de Glory, neuvième album de Spears, force est de constater que ce dernier opus est réellement une jolie surprise. Près de trois ans après le bancal et particulièrement moyen Britney Jean, sorte d’assaisonnement bâclé, accompagnant l’arrivée de la star à Vegas, dans le cadre d’une résidence qui s’est rapidement avérée être un triomphe indubitable ; Glory signe le retour – et véritablement, cette fois – de la chanteuse, dont le terme « comeback » et tout son champ lexical sont presque devenus des nomenclatures pour annoncer le moindre de ses projets musicaux depuis Circus en 2008, ou l’ère de la résurrection du phœnix enfant terrible de la pop des années 2000. On connaît désormais tous l’histoire de la fameuse année 2007, où Britney Spears chute vertigineusement, livrant au monde entier une descente aux enfers spectaculaire et hyper-médiatisée dont l’apologie fut atteinte par un rasage de crâne en public sous les yeux médusés des badauds. Quelques mois plus tard, un nouvel opus : Blackout, ou le disque que nombreux s’accordent encore à qualifier comme le meilleur album de la chanteuse ; un succès critique qui ne redora hélas, pas son image, davantage engloutie par une unique prestation scénique pour soutenir l’album aux MTV Video Music Awards, la même année, jugée désastreuse. Mais alors que les paris fusaient quant à la capacité vraisemblable ou non pour Britney, à revenir au devant de la scène ; la star allait faire taire toutes les médisances en revenant toute en tubes sexy à gogo, extensions capillaires et autres bodys pailletés à la sortie de Circus, ou l’album de sa renaissance après des années de débâcle. Un disque charmeur, un tantinet déjanté et efficace, qui fut succédé par deux autres opus : Femme Fatale en 2011, et Britney Jean en 2013. Le premier cité, bien que salué par la critique fut également synonyme d’une période peu folichonne où Britney apparaissait bien souvent éteinte et molle, aussi bien sur scène qu’en interview. Un épisode fadasse que l’étape Sin City dans la carrière de la demoiselle a quelque peu suffi à rattraper, malgré la pauvreté de l’opus Britney Jean, dévoilé au même moment.

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Britney Spears lors d'un concert, dans le cadre de sa résidence à Las Vegas.

Aujourd’hui, en 2016, il semblerait que l’éternelle vamp à la crinière blonde renoue progressivement avec les ingrédients qui ont fait sa gloire planétaire. Qu’elle exaspère ou continue de fasciner, Glory est la preuve même que l’interprète de Toxic est encore capable d’offrir de bonnes surprises à son public ; à croire que son plus grand talent est de surprendre, et ce : du plus drôle et réjouissant, au plus tragique… Paru dans les bacs ce 26 août, à l’aube du week-end, focus sur ce nouveau chapitre musical dont la pochette est une capture d’écran – « ça ne s’invente pas ! ».

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À gauche : La pochette du single Make Me... ainsi que celle de Glory ; à droite : Britney Spears sur l'une des photos promotionnelles de Glory.

Tout en douceur et sensualité, Glory s’ouvre sur une ballade planante et envoûtante à souhait, intitulée Invitation ; un titre magnétique et porté par des chœurs envolés, où Britney entonne sa séduisante convocation d’une voix sobre et charmeuse. Un morceau à la fois délicat et épuré, tantôt relevé par des beats saccadés qui évadent ; à se croire, l’espace de quelques minutes, égaré au beau milieu du générique d’un film épique, façon Hunger Games. Cette sensuelle invitation cède ensuite sa place à Make Me… en featuring avec le rappeur G-Eazy, tout premier single du Glory de Britney, un mid-tempo estival et urbain plutôt étonnant quand on sait que la star nous a davantage habitués aux hymnes clubs en guise de lead singles ces dernières années. Quoiqu’il en soit, moins agité qu’un Work B**ch ou non en guise de lead single, Make Me… sait se montrer tout à fait efficace au fur et à mesure des écoutes, notamment de par ses refrains entêtants et accrocheurs ; et ce même si le rap de G-Eazy peut sembler soudain de prime abord. Arrive ensuite Private Show, un titre que Spears avait déjà dévoilé sur la toile avant la parution de son album, et qui brille davantage en succédant à d’autres titres, qu’isolé. En effet, si la chanson souffre d’une instrumentale redondante qu’on croirait tout droit sortie du générique d’une émission enfantine, on retrouve un certain groove dans la voix de Spears, bien que cette dernière soit de nouveau, très vocodée. On se surprend également à entendre la chanteuse s’essayer au rap à plusieurs reprises et notamment sur le pont du morceau, hélas : n’est pas Missy Elliott ou Lil’ Kim qui veut… Malgré ses défauts, la chanson s’apprécie grâce à ses refrains pêchus et un brin déjantés à la manière de l’ère Circus, par exemple.

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Quand Britney Spears faisait la promotion de Circus en 2008, à gauche : en France, à la Star Academy ; à droite : dans l'émission américaine Good Morning America.

Avec Man On The Moon, on croise de nouveau le chemin de la Britney envoûtante du début de l’opus, sur un titre qui renoue d’abord avec la voix « chipmunk » de la chanteuse, pour embrayer ensuite sur un ton plus affirmé, accompagné d’une instrumentale planante et solaire, notamment agrémentée par des percussions subtiles et agréables. Grâce à des titres comme Man On The Moon, Britney réemprunte un chemin qu’elle avait déserté depuis de nombreuses années : celui offrant des titres mid-tempo à la fois sensuels et doux, à la manière du Heaven On Earth de Blackout en 2007, par exemple. On retrouve par la suite la Britney noctambule dans une triade de titres aux airs club, un terrain qui s’engage d’abord sur le nocturne, torride et entraînant Just Luv Me, avant de se poursuivre sur l’effréné Clumsy, un titre formaté pour les boîtes, où la voix de Spears est retouchée à souhait, façon canard libidineux, accompagnée par des beats bourrins. Ce trio dansant se conclue sur le torride Do You Wanna Come Over ? où l’on retrouve une Britney chaude comme la braise, sur un titre qui rappelle les hymnes sexy de la chanteuse, le tout sur une instru tantôt épaulée par des cordes qui peuvent remémorer la sensualité du Ooh Ooh Baby de Blackout.

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Spears interprétant Ooh Ooh Baby, sur différentes dates de sa tournée mondiale The Circus Starring: Britney Spears, en 2009.

Slumber Party fait ensuite son apparition, un le titre qu’on retiendrait volontiers s’il fallait résumer Glory à un seul et unique morceau. Une ballade planante aux sonorités onduleuses et bulleuses, qui peut de nouveau rappeler Blackout, notamment avec un Why Should I Be Sad, mais également la magie d’un Don’t Hang Up à l’époque d’In The Zone. Encore une fois, tout en sensualité et douceur, Slumber Party se relève être l’ultime coup de cœur sur ce disque. Avec Just Like Me, c’est une Britney à la sauce country qui arrive à nos oreilles, dans un morceau hybride, entre airs de guitare et beats nocturnes, davantage dansants. Sur Love Me Down, il semblerait que Britney Spears se fasse posséder par la Gwen Stefani qui a enregistré This Is What the Truth Feels Like, paru en mars dernier ; puisque la chanson peut par exemple rappeler un Red Flag, à la fois grâce à un côté perché et déjanté « gwenesque », mais aussi un certain jeunisme. Entrent ensuite les deux seules pistes, réellement dispensables de l’album, avec d’abord le peu charmant et fade Hard To Forget Ya, qui donnerait presque l’impression que Spears se soit égarée au beau milieu d’un club accompagnée par des personnages de Glee ; avant d’enchaîner sur le décevant What You Need, un titre pêchu et déjanté à l’instrumentale efficace et plutôt agréable, où la voix de Britney - bien que pleine de niaque -, encore une fois très retouchée, enlève hélas au morceau tout son charme (ou presque).

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Britney Spears présentant un prix aux MTV Video Music Awards en 2015.

Cependant, les cinq morceaux supplémentaires offerts par l’édition deluxe du disque rattrapent les déceptions précédentes ; d’abord avec l’estival et solaire Better – qui porte alors bien son nom après les deux dernières pistes -, un titre parfait pour finir l’été en beauté, un brin impersonnel certes, mais très efficace et convivial. Il est suivi de près par l’étonnant Change Your Mind (No Seas Cortes), un morceau surprenant où Britney se la joue Enrique Iglesias, dans la langue de Pablo Picasso ; autre chanson sensuelle et ensoleillée, qui nous transporte pendant quelques minutes – caricaturalement, je l’accorde – sur les places barcelonaises, foulant les pas des danses latines. Tango ?

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Britney Spears ouvrant la cérémonie des Billboard Music Awards en mai dernier.

Sur Liar, la chanteuse renoue avec les chansons de ruptures, sur un ton de femme fraîchement célibataire et mécontente, hélas, sa voix s’affuble encore de retouches peu discrètes ; mais ce défaut redondant est plus ou moins comblé par un harmonica plutôt charmeur ainsi qu’une énergie assez contagieuse. Sur un air de trap, If I’m Dancing frappe ensuite nos tympans ; un titre qui ramène le côté doux et planant emprunté à plusieurs reprises sur ce Glory, en le mariant à des sonorités plus barrées, offrant ainsi un mélange sonore original et étonnant. Le comble de la surprise est atteint sur la dernière piste de l’album, Coupure Électrique, un morceau où Britney… (Roulement de tambours)… chante en français ! Certes, on ne comprend pas un traître mot (ou presque) de ce que Britney chantonne dans la langue de Molière, cependant la prise de risque est louable et donne un résultat plutôt agréable. Le titre sonne à la fois comme une comptine, assortie à une sensualité propre à Spears ; bref, vous ne verrez plus votre prochaine panne de courant de la même manière après cela !

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Britney Spears interprètant Gimme More aux MTV Video Music Awards en 2007.

Après deux opus peu convaincants et en manque de charme, Glory est probablement le meilleur disque de Britney Spears depuis Circus, paru en 2008. Une surprise agréable, qu’on n’attendait presque plus, tant les déceptions s’étaient enchaînées sur le paysage musical spearsien. En effet, Glory ressuscite quelque peu et étonnamment les Britney de Blackout et In The Zone, qu’on croyait disparues pour de bon. Un retour véritable que Spears défendra demain soir sur la scène des MTV Video Music Awards, marquant ainsi un comeback inattendu, neuf ans après le fiasco de Gimme More, lors de la même cérémonie. «Good luck, Britney !»

 

 

 

 

 

 

Lewis